VOICI NOTRE PREMIER MANIFESTE.

Ne pas lire amoindrit notre bonheur collectif. Ne pas lire affaiblit la part émotive de notre nature. Voilà pourquoi Marchand de feuilles souhaite contribuer à l'échafaudage de la nouvelle littérature québécoise.

L'ordre et la prudence sont de rigueur dans nos lettres. La littérature se réclame souvent du minimalisme. Les automates post-Carver envahissent le monde de l'édition. Mais devons-nous tous être identiques ? Nous ne voulons plus de cette littérature silencieuse. Chez Marchand de feuilles nous commandons une littérature sauvage et instinctive. Des livres constellation. Atypiques. Nous souhaitons bâtir une littérature alchimique qui agit comme un remède sur le malaise moderne. Marchand de feuilles se réclame du bruit. Nos livres font du vacarme. Nos livres sont inflammables. C'est Gaston Miron qui disait que pour avoir un pays, il faut l'investir, il faut l'occuper, non seulement physiquement, mais aussi sur le plan de l'imaginaire. Nous publions des livres lumineux, écrits dans la langue des neiges, remplis d'aurores boréales, de ruelles en été, de femmes au parfum de sapinage. Une littérature écrite sur le ton de l'histoire de pêche, même si le poisson est toujours plus long dans les mots.

Chaque livre crée ses propres règles, mais nous aimons les voix fortes et distinctes, démesurées et épiques. Nous penchons souvent vers le réalisme magique nordique, car notre aïeule est dans les contes de la chasse-galerie. Nous aimons les essais coupe-gorge. Notre cabinet de curiosités contient des taxidermistes et de l'alcool de lichen, les toilettes des Foufounes électriques, et des enfants un peu trop savants qui collent quand même leur langue sur des poteaux de métal, les soirs où il fait -20 C.

Nous devons relever nos manches. Il nous reste encore beaucoup de travail à faire, car notre littérature est jeune et belle. Le premier roman québécois a été publié en 1837 par Philippe-Aubert de Gaspé (fils). Quand la France avait 200 ans, quelle littérature produisait-elle ? Nous sommes fiévreux à la pensée de faire partie d'une époque charnière. Les écrivains ratissent notre topographie pour minéraliser les particularités de notre culture. Ils cousent leurs textes de barrages hydro-électriques, de cartes géographiques, de chambres d'hôpital décrépites et de rivières gelées, pour que notre langue si particulière ne meure jamais. Nous sommes pollinisés de la richesse que portent nos ancêtres. Nous continuerons à raconter la grande Amérique francophone, que plusieurs étrangers sont encore trop souvent étonnés de découvrir. Nous souhaitons nous trouver où la vie s'illumine. Dare-Dare.